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Michel DESHAIES
Les territoires miniers : exploitation et reconquête
Ellipses 2007, 224 pages
Compte rendu de Jacques MUNIGA
L’auteur de cet ouvrage est professeur de géographie à l’université de Nancy 2. Après quelques articles concernant l’exploitation des ressources naturelles et son environnement, Michel DESHAIES nous propose le présent livre intitulé « les territoires miniers : exploitation et reconquête ».
Un titre qui s’inscrit dans une géographie renouvelée puisqu’il délaisse les notions de régions minières, de bassins miniers et d’espaces miniers.
Or, ce livre qui nous offre de nombreux exemples, variés, largement illustrés sur l’exploitation minière d’hier et d’aujourd’hui, nous laisse un goût amer d’inachevé.
En effet, en dépit du titre prometteur, le lecteur, au fil des pages reste sur sa faim. La notion de territoires miniers n’apparaît jamais. L’auteur « jongle » avec les termes de régions minières, de bassins miniers voire très souvent de paysages miniers.
Par ailleurs, si l’exploitation (sous-titre) est effectivement relatée, la reconquête est totalement absente. Michel Deshaies semble ignorer que dans la notion de reconquête il y a la même force que dans celle de reconversion naguère utilisée. Il y a la force du résultat positif. Or, l’auteur, tout au long de son ouvrage, nous donne des monographies certes exactes, mais qui ne s’apparentent nullement à une « reconquête ».
Les mines et leurs territoires ont constitué et constituent encore là où l’exploitation perdure, une force économique indubitable. Reconvertir ou reconquérir ces territoires c’est leur redonner cette force économique. Or ce livre au titre évocateur, n’apporte en rien la preuve d’une quelconque reconquête des territoires miniers tout au plus nous décrit-il la mutation indubitable liée à l’activité minière.
Ce livre se décline donc en deux parties conformément au titre à savoir une première partie traitant de l’exploitation minière et une deuxième des mutations paysagères liées à l’activité minière bien que le titre s’intitule « reconquête des territoires miniers »
Première partie : Exploitation et développement des territoires miniers.
Chaque partie est elle-même divisée en quatre dossiers dont l’articulation n’est pas toujours évidente et en tout état de cause souvent en contradiction avec le titre de la partie.
Le premier dossier traite des « conditions du développement des activités minières ».
L’auteur, exemples à l’appui, annonce que l’exploitation des ressources minières répond à plusieurs facteurs : la qualité du gisement, le contexte économique et géopolitique. Ici, Michel Deshaies fait un rapide tour d’horizon de ces paramètres pour s’attarder plus longuement sur trois exemples, celui de « l’exploitation séculaire des minerais dans les montagnes d’Europe centrale », « l’extraction de l’uranium en RDA » et « l’exploitation du lignite en Allemagne ». Si ces trois exemples peuvent apparaître intéressants, on aurait peut-être aimé, à l’heure de la mondialisation, avoir une analyse plus « globale » sur les conditions d’exploitation des ressources minières à l’échelle planétaire. Quels sont les conditions de développement des activités minières à l’heure de la mondialisation ? En quoi les territoires miniers sont-ils plus à même de répondre aux exigences de la mondialisation que les anciens bassins miniers ?
Le deuxième dossier s’intitule « Exploitation minière, environnement et société ».
L’auteur tente d’aborder l’impact de l’exploitation minière, les sociétés et le développement durable. Mais, Michel Deshaies n’est visiblement pas à l’aise dans cette approche. Preuve en est page 43 lorsqu’il écrit « comment en effet justifier la dévastation de l’environnement par l’exploitation d’une ressource non renouvelable, à laquelle pourraient se substituer des importations […] Or [cette question] conditionne largement, non seulement le devenir de l’exploitation minière, mais aussi celui des paysages miniers et plus encore des paysages de l’après-mine. »
Si l’auteur veut éviter la dévastation de l’environnement en ayant recours aux importations, il ne fait que déplacer le problème ; ce qui est contradictoire avec son intention de traiter du développement durable.
Plus loin, l’auteur mentionne « les acteurs de la transformation des paysages ». Ici, encore, Michel Deshaies traite trop rapidement un aspect qui aurait mérité de plus amples développements. En effet, il aurait fallu distinguer au moins les trois périodes de la vie d’une mine. Il y a tout d’abord le début de l’exploitation qui apporte du travail à la population et de l’argent même aux Etats. Pendant cette première phase, l’environnement, malheureusement, est relégué à la toute dernière place des préoccupations. Ensuite, il y a la deuxième phase, celle où l’exploitation atteint sa vitesse de croisière quant à la production. C’est une période au cours de laquelle, selon les pays et selon les époques, l’environnement peut prendre une certaine place. Enfin, il y a « l’après mine » où le volet économique (version reconversion) est beaucoup plus puissant que le volet environnemental pour lequel chacun se sent souvent « impuissant ».
Le troisième dossier aborde les caractéristiques des paysages miniers.
Ce dossier retrace, comme l’indique son titre, les principales caractéristiques des paysages miniers et non pas celles des territoires miniers comme nous sommes en droit de l’attendre. Nous découvrons malgré tout que le paysage minier se transforme au rythme de l’exploitation ; que ces métamorphoses sont assez rapides et que des « paysages éphémères se succèdent jusqu’à l’épuisement du gisement ». Notons toutefois que l’auteur n’envisage pas l’arrêt de l’exploitation pour non rentabilité comme ce fut le cas en France.
Michel Deshaies poursuit en insistant sur le fait que « le paysage minier est le seul type de paysage qui, tout en étant l’expression la plus spectaculaire des capacités techniques de l’homme à transformer la surface de la terre, soit aussi strictement inféodé aux conditions géologiques. »
Enfin, l’auteur précise que « le paysage minier est aussi le produit d’un certain ordre économique et social […] mais les changements paysagers à mettre en œuvre dépendent largement de l’image que la société se fait des paysages miniers, plus ou moins négative suivant les époques. » affirmation qu’il appuie avec des exemples relatant les terrils et les affaissements. Or, l’auteur néglige le fait que c’est l’impossibilité de transformer économiquement ce que fut la mine qui renvoie une image négative.
Le quatrième dossier s’apparente à une typologie qu’il intitule « la différenciation des paysages miniers ».
Avec quelques exemples à la clef, l’auteur nous décrit quatre « types » de paysages miniers d’après quatre critères à savoir : la nature et l’architecture du gisement, l’ancienneté plus ou moins grande et l’évolution de l’exploitation minière, les techniques minières employées et l’échelle de l’exploitation, l’organisation et l’évolution de l’exploitation minière.
Ici, le lecteur est pour le moins surpris. En effet, dans une partie intitulée « exploitation et développement des territoires miniers » l’auteur conclue par « la différenciation des paysages miniers ».
Qu’entend l’auteur par territoires miniers ?
Le lecteur, à la fin de cette première partie ne le sait toujours pas. L’auteur traite, sans distinction, des paysages miniers (page 73) et des régions minières (page 77) mais ne définit jamais les territoires miniers dans un ouvrage qui leur est consacré (d’après le titre) ;
Deuxième partie : La reconquête des territoires miniers après l’arrêt de l’exploitation.
Cette deuxième partie, comme la précédente est également divisée en dossiers ; quatre également, numérotés de manière ininterrompu. De fait, le premier dossier de la deuxième partie sera le cinquième dossier ( !) Cette numérotation ajoute encore à l’incohérence de la structure du livre.
Le cinquième dossier s’intitule « Un devenir conditionné par l’évolution après l’arrêt de l’exploitation ».
Dès « l’ouverture » de ce cinquième dossier, le lecteur est interpelé par l’analyse de l’évolution et de la reconversion des territoires miniers.
En fait, dès le titre, l’auteur parle de reconversion et non pas de reconquête. Mais Michel Deshaies abandonne très rapidement aussi la notion de territoires miniers puisqu’il écrit (page 117) « [le] processus de reconversion est en lui-même plus ou moins réussi et avancé ; ce qui introduit déjà une différenciation importante entre les bassins miniers et souvent même à l’intérieur des bassins miniers.»
Suivent ensuite des exemples qui, s’ils peuvent être intéressants, ne correspondent absolument pas à l’attente du lecteur par rapport au titre annoncé en deuxième partie à savoir : « la reconquête des territoires miniers APRES l’arrêt de l’exploitation ».
Il faudra se pencher sur le dossier suivant pour y trouver une certaine cohérence avec le titre annoncé.
En effet, ce sixième dossier traite du devenir des paysages transformés par l’exploitation minière.
On regrettera évidemment de voir « disparaître » les territoires miniers au profit des paysages même si, page 146, l’auteur écrit « il s’agit de favoriser le développement local […] mais au-delà même des retombées économiques espérées, l’enjeu est aussi de retrouver une fierté d’être de ce territoire ».
En fait, cette affirmation souligne bien que Michel Deshaies ne prend pas en compte la réalité des territoires, bassins ou espaces miniers. Bien que l’auteur ait multiplié les exemples en Allemagne, en France et au Royaume-Uni, il n’a jamais « sondé » le territoire. Les hommes qui ont servi la mine autant qu’ils ont servi leur nation sont quasiment absents des analyses.
Quant au septième dossier, il s’intitule « les paysages de succession minières »
Il constitue en quelque sorte la suite du précédent dans la mesure où il poursuit l’énumération de nombreuses variantes de paysages miniers. Les exemples sont toujours agrémentés de photos, de schémas et regorgent de chiffres. C’est là, probablement le point positif de cet ouvrage. Mais une fois encore, la cohérence fait défaut.
En effet à y regarder de plus prêt, ce septième dossier pourrait très bien « offrir » ses exemples pour compléter le dossier cinq. C’est pourquoi, on est tenté de lui apporter la même critique à savoir : il n’est pas conforme au titre puisqu’il ne traite pas exclusivement de la reconquête APRES l’arrêt de l’exploitation.
Le huitième dossier intitulé « les temps du paysage minier ».
Avec ce dernier dossier, le lecteur reste désespérément sur sa faim car la fin comme le début, « préfère » la notion de paysage à celle de territoire pourtant annoncée dans le titre de l’ouvrage !
L’auteur nous fournit un tableau (page 201) des rythmes d’évolution de l’exploitation minière. Sur la base de quatre exemples, Michel Deshaies analyse l’essor, le déclin et présente un graphique retraçant le rythme d’évolution de l’exploitation. Et les pages qui suivent expliquent ce tableau.
En réalité il est plus question dans ce dossier des successions minières que de reconquête des territoires miniers.
Dans la conclusion,
l’auteur pose des questions auxquels il aurait pu répondre dans le cadre de cet ouvrage. Citons par exemple page 212 « Ici, les paysages de succession minière sont vraiment à concevoir pour les générations futures, dont on ignore évidemment les besoins. » et de poursuivre « Cela souligne en tout cas le caractère pour le moins abstrait, voire même utopique, du concept de développement durable appliqué aux opérations de remodelage des paysages. »
L’auteur oublierait-il tous les combats menés par les mineurs pour éviter les fermetures des mines ? Que demandaient-ils ? Des emplois, des activités pour vivre et faire vivre les bassins miniers alors que seuls les territoires miniers auraient pu survivre. Mais à défaut d’avoir su faire vivre les bassins miniers, les territoires miniers dont l’activité s’est arrêtée sont en train de mourir dans une mutation économique et paysagère inéluctable.
publié chez :
http://www.clionautes.org/spip.php?article1866