Jacques
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1968, un monde en révolte 1968, un monde en révolte est un documentaire de 52 minutes écrit par et réalisé par Michèle Dominici ; une production Bonne compagnie, avec la participation de Public Sénat et de France 3.

Compte-rendu par Jacques MUNIGA

Le documentaire s’ouvre sur une image d’archive de mai 1968 en France montrant une des nombreuses manifestations étudiantes. Au premier plan, nous apercevons trois étudiants qui s’inscrivent dans un « V ». L’étudiant de droite, le visage grave, un mouchoir « anti-grenades lacrymogènes » autour du cou semble porter toute la contestation de la jeunesse sur ses frêles épaules. A la pointe du « V », légèrement en retrait, une jeune étudiante à la coupe garçonne, affiche la volonté d’en finir avec le poids des interdits. Sur la droite, un jeune étudiant regarde tout d’abord la foule des manifestants puis se retourne doucement. Son visage passe d’un anonymat total à la lumière : c’est Daniel Cohn-Bendit.
Le film est soudain stoppé, il n’y a plus que cette image et la voix de Daniel Cohn-Bendit disant : « 68 c’est fini ». Puis, l’image d’archive s’efface lentement pour laisser place à l’interview de Daniel Cohn-Bendit, aujourd’hui, 40 années après les évènements de mai 1968. Un Daniel Cohn-Bendit qui martèle, en anglais, en allemand et encore en français : « 68, c’est fini » avant de s’interroger pourquoi tant de personnes souhaitent « en finir avec quelque chose qui est fini ».

Suivent alors quelques images d’archives des « émeutes » françaises mettant en scène des affrontements assez violents entre des étudiants et les forces de l’ordre. Et sur fond de bande sonore d’époque qui alterne cris et tirs de grenades, une voix féminine douce, contrastant d’autant avec la violence du film d’archive, souligne que si 68 est fini, il n’en demeure pas moins que « les politiques de droite comme de gauche prennent encore ces événements en otage ». Mais elle nous rappelle surtout que l’héritage de 68 est loin d’être uniquement français et pour bien le comprendre, il nous faut aller voir au-delà de nos frontières ce qu’était l’année 68.

Le ton est ainsi donné dès le départ.

Ce documentaire s’avère intéressant pour une exploitation pédagogique dans nos classes. Sur le plan visuel, une attention particulière a été apportée comme le témoigne « l’image » d’ouverture décrite ci-dessus. Sur le plan de la recherche des causes profondes, ce documentaire souligne dès les premiers instants le caractère planétaire du mouvement de la jeunesse d’alors. D’ailleurs, le discours du 20 juin 1968 d’André Malraux, ministre, insiste sur l’aspect international du mouvement. Et là encore, sur fond de ce discours, défilent des images de manifestants de nombreux pays et, sur la gauche de l’écran s’inscrivent les noms des principales villes les unes au-dessus des autres (du bas vers le haut) pour mieux souligner le poids du mécontentement de la jeunesse : une jeunesse qui s’inscrit dans un mouvement collectif et international.

Puis, Michèle Dominici, tout en jouant sur la notion d’échelle nous présente « ses » principaux héros amenant le spectateur au plan individuel. Nous les voyons en images d’archives pendant que la commentatrice nous dit ce qu’il s sont devenus. Le documentaire entre alors dans le vif du sujet. Michèle Dominici va à la rencontre de ces « héros » qui ont osé braver l’interdit.
Le premier qu’elle va rencontrer est Tommie Smith. C’était, en 1968, un athlète d’exception. Il avait remporté une médaille d’or aux Jeux Olympiques de Mexico qui se déroulaient cette année là. Mais peu de personnes le connaissent pour ses exploits sportifs. En revanche, il est plus connu pour son poing levé sur la plus haute marche du podium. Un poing qu’il avait pris le soin d’envelopper dans un gant noir. Si l’image du poing dans le gant noir a fait le tour du monde, Tommie Smith nous explique que ce n’était pas le seul geste symbolique. Et, là, une fois encore, Michèle Dominici, nous présente un montage mêlant l’interview et la photo d’époque et laissant Tommie Smith le soin d’ expliquer lui-même la symbolique non pas de « son » geste, mais de tous ses gestes comme par exemple le fait de s’être déchaussé pour monter sur le podium.

Intervient ensuite, sur fond de contestation de la jeunesse contre la guerre du Viet-nam, Alain Krivine qui est toujours porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire. Ce dernier insiste alors sur les horreurs de cette guerre pendant que défilent des images d’archives très poignantes voire insoutenables. Des images qui se suivent et se succèdent à une cadence accélérée, forçant un crescendo de l’horreur puis… un visage, celui d’une femme qui pourrait être une mère de ces jeunes militaires américains.
Ce visage c’est celui de Robin Morgan présentée dès le début du documentaire comme l’une des héroïnes de 68. Elle nous explique alors le rôle de la télévision dans la diffusion de ces images d’une guerre atroce pendant que défilent des scènes d’archives d’une réalité atroce avant de nous présenter « son » combat, celui pour les femmes. Après avoir donné les raisons de son engagement, Robin Morgan, décrit, images d’archives à l’appui, son parcours de militante pour la cause féminine. Elle insiste sur le sexisme qui régnait alors, jusque dans les rangs des mouvements militants rappelant que sur les affiches d’un groupe hippie on pouvait lire : « après la guerre du Vietnam, il y aura des études gratuites, de la marijuana gratuite… et des femmes gratuites ».

En guise de transition, Michèle Dominici « joue» avec quelques images montrant des jeunes filles en 1968 dont l’attitude est diamétralement opposée au discours de Robin Morgan avant de nous présenter Felix Dennis, le fondateur d’un journal anglais underground en 1968. Là nous découvrons une « révolte » toute « british ». Une révolte qui se veut culturelle et qui agresse l’ordre établi. Mais une révolte pour laquelle beaucoup de ceux qui l’ont menée ont fait volte-face pour épouser le cours d’une histoire qu’ils ont, un court instant, malmené.

Puis, Michèle Dominici nous emmène en France où elle aborde le problème étudiant en interrogeant à nouveau Alain Krivine. Elle nous montre des images « bons enfants » pendant qu’Alain Krivine évoque l’histoire des dortoirs de Nanterre suivi de Daniel Cohn-Bendit qui relate l’opposition au paternalisme d’alors. Les images suivantes élargissent l’angle de vue et embrassent la contestation contre ce paternalisme dévorant dans le monde entier. Le jeu des échelles entraîne, ici, le spectateur dans une spirale ascendante : il ne peut résister mais il découvre en même temps l’ampleur planétaire de la question avec un regard amer sur un passé encore trop proche.

De nombreux pays sont ainsi visités comme le Sénégal ou l’Algérie avec pour ce dernier l’interview de Nadir Boumaza, un étudiant en 1968, qui nous rappelle qu’au-delà du rejet du modèle patriarcal, il y avait aussi le rejet du pouvoir algérien.

Mais, le plus marquant des pays peu connus pour « leur année 68 » reste la Tchécoslovaquie avec ses mouvement contestataires à Prague. La réalisatrice nous présente une succession d’images partant du soulèvement de la jeunesse, en passant par l’espoir d’un changement possible et finissant par l’entrée des chars soviétiques.
Puis, elle nous présente le frère de Jan Palach qui retrace, photos à l’appui, le parcours de ce jeune militant. Des moments très forts s’en suivent notamment avec l’évocation de la mort de Jan, après s’être immolé par le feu, et ses dernières paroles qui furent « Pour vivre, l’homme a besoin d’espace ».
Enfin, après une fermeture de rideau très brève, Michèle Dominici, dans ce qui constitue un deuxième acte, fait faire un second tour à ses « héros ». Un second tour au cours duquel elle les interroge sur les héritages de 1968 pendant qu’en arrière plan défilent des images d’archives méritant d’être commentées tant elles sont évocatrices.

En conclusion, ce documentaire ne retrace pas « le » mai 68 des français. Il invite le spectateur à s’interroger sur les raisons profondes qui ont amené, en 1968, la jeunesse de très nombreux pays, à se soulever. Mais, il invite également le spectateur à interroger l’héritage de 1968, son quotidien.

L’exploitation de ce documentaire en cours d’histoire est tout à fait souhaitable mais c’est surtout en ECJS qu’il trouve sa véritable place parce qu’il invite invariablement à l’ouverture d’un débat.

publié chez :

http://www.clionautes.org/spip.php?article1925












Jacques  

MUNIGA













































































































































































































































































































































































































































































 COURRIEL_MUNIGA